Note préliminaire

J’ai, depuis l’enfance, l’habitude de « refaire le monde » avec mes amis, souvent au cours d’interminables promenades, où nous parlons d’art, de politique, de science, de philosophie ou d’économie, selon les penchants de chacun, nos lectures du moment, ou l’actualité. Deux de ces amis très chers, de ces « interlocuteurs-complices », sont décédés pendant la préparation de ce livre. En 2005, à 57 ans, Paolo Viola, historien italien, recteur de l’Université de Palerme. Puis, en septembre 2008, à 60 ans, Salim Nasr, sociologue libanais, l’un de mes amis les plus anciens et les plus proches.

Avec Paolo, nous parlions souvent de l’histoire européenne, et notamment de la rivalité entre papes et empereurs, et de ses effets paradoxaux sur le développement d’un espace de liberté. Ayant lu, début 1998, un article de l’intellectuel égyptien Fahmi Houeydi où il regrettait l’absence, en Islam, d’une autorité religieuse de référence, j’avais écrit dans le Corriere della sera  un article intitulé « Se l’Islam avesse un papa », où j’ébauchais succinctement la thèse exposée dans la troisième partie du Dérèglement du monde. (On peut retrouver cet article en italien : en cliquant ici )

Sur la personnalité et l’œuvre de Paolo, je recommanderai chaleureusement l’article du professeur Pierre Serna dans les Annales historiques de la Révolution française intitulé « Pour Paolo Viola (1948-2005) », que l’on peut retrouver en ligne : en cliquant ici

Avec Salim Nasr, j’ai vécu, dès la début des années 1960, tous les événements du monde qui nous entourait. L’une des images les plus impérissables que je garde de lui, c’est lorsqu’il était venu m’attendre à l’Ecole des lettres de Beyrouth, à la porte de la salle où j’avais présenté un examen ce matin-là, brandissant l’édition spéciale d’un quotidien annonçant que la guerre venait d’éclater. C’était le 5 juin 1967.
Nous avions l’habitude de commenter sans lassitude tous les événements de la planète, du Brésil au Vietnam, et de la France à l’Afrique du Sud, comme s’il s’agissait d’un seul et même pays.  Ces dernières années, nous parlions souvent, et avec tristesse, de l’état de délabrement où se trouve à présent le monde arabe. Sociologue à la compétence mondialement reconnue, Salim consacra la dernière partie de sa vie à l’étude du « développement humain » - un concept qu’il avait contribué à définir, et qu’il appliquait notamment au Monde arabe avec courage, avec lucidité, et sans la moindre complaisance.
A mon hommage à Salim j’associe sa femme Marlène, professeur à l’Université libanaise, auteur de plusieurs ouvrages, notamment d’une étude sur l’image de l’Islam et des Arabes dans les ouvrages scolaires français, qui a contribué à une meilleure approche de cette question épineuse. Ils se sont aimés pendant quarante ans, et je puis dire sans hésiter qu’aucun couple d’amis n’a eu autant d’importance dans ma propre vie.

A cette note introductive, je prendrai la liberté d’ajouter, à l’occasion, quelques autres. Je ferai de même pour la bibliographie. Celle que je présente ici est doublement provisoire.
N’ayant pas eu la présence d’esprit d’établir une liste au fil de mes lectures, j’ai sans doute oublié quelques ouvrages importants. C’est d’autant plus probable que ma bibliothèque est éparpillée en plusieurs lieux géographiques, et fort mal classée. Je me promets de réparer ces oublis chaque fois que je les constaterai.
Je me promets également d’ajouter des livres lus après la parution du Dérèglement du monde et qui pourraient être utiles à la réflexion que j’ai engagée, et que j’invite mes lecteurs à poursuivre, avec moi ou sans moi.